Réforme de la formation professionnelle et Pédagogies Innovantes : Restons vigilants !

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Réforme de la formation professionnelle et pédagogies innovantes

Réforme de la formation professionnelle et pédagogies innovantes

Réforme de la formation professionnelle et Pédagogies Innovantes :
Restons vigilants !

Une loi parle enfin d’innovation pédagogique. Que faut-il en comprendre ? Quels écueils éviter ? Allons-nous sérieusement vers le tout numérique ? Comment relier cette avancée aux véritables besoins d’un apprenant ? Faisons le point, à chaud, sous l’angle de la pédagogie active de ce nouveau texte de loi.

Que dit la loi ?

Comme vous le savez, nous nous réjouissons de retrouver parmi les « 12 mesures concrètes pour transformer la formation professionnelle » la mesure 12. Elle dit « L’innovation pédagogique sera libérée et encouragée ».

3 points sont mis en avant

  • Libérer l’innovation pédagogique
  • Encourager les formations innovantes (Moocs, Digital Learning, modularisation..)
  • Simplifier la formation en situation de travail.

 

on a séparé l’innovation pédagogique des formations innovantes. Est-ce enfin la compréhension et la mise en valeur de l’ingénierie pédagogique différenciée de l’outil pédagogique ? Ce serait formidable, hélas j’en doute un peu.

Le créateur de la loi s’est peut-être inspiré d’un rapport de la Fédération de la formation professionnelle de juin 2016 « Manifeste pour une formation réellement continue et inclusive » où la notion de Libérer l’innovation pédagogique se retrouve largement. Voyez vous-même : http://ffp.org/uploads/document/Liberer_la_formation_Asteres_FFP_VF_0317.pdf

Oui, on parle de pédagogie active derrière ces mots et enfin de pédagogies actives au pluriel ! Les anglicismes ne manquent pas*, Crossover Learning, l’apprentissage terrain, le Embodied Learning, l’apprentissage avec le corps, l’adaptive teaching, la formation qui s’adapte au formé. Prenons par exemple : la classe inversée. Une nouveauté ? Non ! Rassurez-vous ce  n’est rien d’autre que la mise en application d’une méthode déductive. On invite l’apprenant à apprendre par tout moyen tout en éliminant enfin la posture magistrale. Ici on favorise enfin l’expérimentation, le terrain et on prend enfin en compte les émotions de l’apprenant. Alors pourquoi autant de numérique ?

Attention au tout numérique

C’est un véritable miroir aux alouettes ( Merci Olivier) et le principal écueil de cette loi. On sent, dans les prémices de ce texte, la nécessité d’aller vers le digital dans le but de personnaliser les parcours, de faire de la formation en mode nomade et de diminuer les couts. Certes ce sont des intentions louables.

Un MOOC (massive online open course) pour changer une roue ou faire une mayonnaise, je dis oui, les enjeux représentent peu de risques. En revanche, en situation professionnelle à enjeux importants, ou pour modifier son management, concevoir sa stratégie de communication, modifier un processus de travail : je dis NON en phase d’apprentissage et OUI en phase de reformulation.

Mon idée est de remettre le numérique à sa place. C’est à dire après le présentiel et non avant. Les plus âgés d’entre vous se souviennent de cet élan vers le tout internet en 1992 qui a couté le vie à de nombreux organismes de formation. Ne refaisons plus la même erreur. On pensait à l’époque qu’à distance, on pouvait tout apprendre. Et non. La raison ? Un stagiaire vient en formation parce qu’il a un besoin (conscient ou inconscient). Il se prépare au changement. Et le changement, nous n’aimons pas beaucoup cela. Alors le processus pédagogique doit diagnostiquer ces peurs, les lever et ouvrir le champ des possibles pour permettre à l’apprenant d’atteindre ses objectifs. Une machine peut-elle faire ça ? Non !

Les cours en ligne seront plus efficaces lorsque l’apprenant voudra revoir des fondamentaux vus en formation, réviser en quelques sortes, surtout après avoir expérimenté des nouveaux acquis. Ils permettront à ceux qui le désirent d’aller plus loin dans leur pratique voire à gérer des situations plus complexes.

 

Si vous n’êtes pas tout à fait convaincu, laissons la parole du sociologue français Michel Serres. « Devant l’offre croissante de savoir en nappe immense, accessible à tout temps et en tout lieu, une offre de savoir ponctuelle et singulière (celle du professeur face à un auditoire silencieux) devient dérisoire. Nous avons externalisé notre mémoire au moteur de recherche, notre imagination aux icônes par millions de Google Images, notre raison à des logiciels de plus en plus puissants. Que reste-t-il à l’homme? L’intuition novatrice, la chorégraphie créative tirée de cette valse d’informations, et le relationnel, tout ce qui vient de la plasticité de l’esprit et qu’ignore la rigidité d’un programme informatique. Internet fait de chacun un «amateur éclairé» »

Ministre du Travail et Ministre de l’Éducation

Notre système français de formation est influencé par les axes de transmissions du savoir mis en place par l’Éducation Nationale. Or ce dernier, du moins en France, n’est pas connu pour ses innovations pédagogiques. Consultez cet article de spécialiste :

http://www.cafepedagogique.net/lexpresso/Pages/2016/12/20122016Article636178160470984890.aspx

Un constat : Les cours magistraux ont ponctué nos études, quelles que soient les filières. Une formation professionnelle qui reprend cette « pédagogie » ne choque personne. C’est un regret ! On peut se poser la question de pourquoi payer une formation qui consiste à assister à un « cours» accompagné d’un PowerPoint et d’un formateur qui appuie sur le bouton. Même s’il illustre son propos de quelques exemples, comment croire que cela va me permettre d’intégrer des nouveaux éléments dans ma vie professionnelle ou à mon poste de travail.

Aussi la question se pose d’une relation étroite entre ces 2 ministères. Madame Penicaud aurait une bonne idée en entamant une collaboration avec Monsieur Blanquer. Ainsi si « l’innovation pédagogique » était de mise dans nos écoles, non seulement le gout pour les études serait renforcé. Mais les freins à changer de carrière seraient moindres. Reprendre une formation longue semblerait plus accessible à tous parce que la mise en réussite de chacun serait favorisée.

 

En conclusion : Plus que jamais, je vous invite à apprendre à apprendre !

Oui, il est évident que les outils pédagogiques seront de plus en plus variés. Oui, chacun a le droit d’apprendre autrement.

Les pédagogues alternatifs, Maria, Célestin, Jean, ont plus d’un siècle, ne l’oublions pas. Nous n’innovons pas tant que ça. Nous redécouvrons, nous nous autorisons à .. Restons raisonnables  et surfons sur ce champ des possibles qui s’ouvrent, enfin, à nous !

Vive la pédagogie active !

Vive la France ! (et vive l’humour évidemment ! )

 

Cendrine Molina

Experia by Peda GO !

POur aller plus loin en pédagogie active  : http://www.pedago.re/les-8-cles-de-la-pedagogie-active/

 

 

 

 

* http://sydologie.com/2016/04/dossier-10-innovations-pedagogiques-qui-feront-2016/

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